posté le 11/03/2008
sous Economie par Nicolas "Panda" Koenig

Banque du Japon : Toshiro Muto, une colombe controverséeToshiro Muto, proposé par le gouvernement au poste de gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), est un ancien haut fonctionnaire à la réputation de « colombe » en politique monétaire, mais à qui ses détracteurs prêtent l’intention de devenir le serviteur du pouvoir. M. Muto, 64 ans, a fait presque toute sa carrière au ministère des Finances, dont il a notamment été le représentant à Washington. En 2000, il devient vice-ministre, le poste le plus élevé dont puisse rêver un bureaucrate nippon.

Proche du Premier ministre libéral Junichiro Koizumi (2001-2006), M. Muto est désigné par ce dernier gouverneur adjoint de la BoJ début 2003. Ce choix suscite alors la fureur de l’opposition de centre-gauche, qui y voit une atteinte à l’indépendance de la banque centrale. Le même reproche revient lorsqu’à partir de l’été 2007, la question de la nomination de M. Muto a la tête de la BoJ commence à émerger. L’opposition, qui contrôle désormais le Sénat, dispose de facto d’un droit de veto puisque le gouverneur de la BoJ doit être investi par les deux chambres du parlement.

Le Japon étant le pays le plus lourdement endetté du monde industrialisé, son gouvernement a besoin que les taux d’intérêt soient les plus bas possibles. Les adversaires de M. Muto craignent qu’en raison de ses liens avec le pouvoir, il n’influence trop en ce sens la future politique monétaire de la BoJ. Depuis son arrivée à la BoJ, M. Muto ne s’est jamais dissocié du gouverneur Toshihiko Fukui lors des votes de politique monétaire. Il a ainsi approuvé l’abolition, en juillet 2006, de la politique de taux d’intérêt zéro. Les observateurs le considèrent toutefois comme une « colombe », moins enclin à relever le loyer de l’argent que son actuel patron. « La politique de la BoJ avec M. Muto comme gouverneur sera probablement un peu moins dure qu’avec M. Fukui », prédisent ainsi les économistes d’UBS Securities à Tokyo.

Peintre à ses heures perdues, Toshiro Muto a exposé ses tableaux en 2004 dans le grand magasin Mitsukoshi, juste en face de la banque centrale. En dehors ce penchant artistique, il a la réputation d’être un « homme de réseaux » disposant de nombreuses et solides relations au sein des ministères et du monde politique. Austère et méthodique, M. Muto est, selon ses détracteurs, doté d’un sens politique un peu trop poussé. « Il aura l’air d’être un banquier central très indépendant, mais quand vous regarderez d’un peu plus près la réalité vous verrez qu’il travaille en complète collusion » avec la puissante bureaucratie nippone, pronostique ainsi Noriko Hama, économiste à la Doshisha Business School de Kyoto.

« Il n’aura pas besoin de se prosterner. Ce sera une relation de connivence, car il a de très bonnes relations avec le ministère des Finances et avec le Trésor. Il fait partie de l’establishment », critique-t-elle. Le nouveau gouverneur « sera probablement très attentif à la volonté du gouvernement et à ses efforts de consolidation budgétaire, ce qui implique une politique accomodante », estiment également les économistes de Lehman Brothers. Susumu Kato, économiste en chef chez CLSA Asia Pacific Markets, pense au contraire que cinq ans à la BoJ ont transformé M. Muto, et que celui-ci ne garde plus aucune allégeance envers le ministère dont il est issu.

« M. Muto va maintenir le même cadre pour la politique monétaire que M. Fukui », prédit M. Kato. Selon lui, « certains pensent que M. Muto va se comporter en colombe parce qu’il vient du ministère des Finances. Mais au cours des cinq dernières années, il est devenu un vrai banquier central ».

Source : AFP

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