Contre les viols des soldats américains, les femmes lancent un cri d’alarmeDes Japonaises tentent d’alerter l’opinion sur les viols commis depuis des années par des militaires américains dans l’archipel, dénonçant l’indifférence du gouvernement accusé de sacrifier la sécurité des femmes sur l’autel de l’alliance avec les Etats-Unis. Depuis le retour d’Okinawa (sud) sous souveraineté japonaise en 1972, 118 viols ont été commis par des militaires américains rien que sur cette île, selon un décompte de l’association des femmes d’Okinawa contre la violence militaire, réalisé à partir de rapports de police et de la presse locale.

Nombre de ces affaires n’ont pas fait les gros titres, mais plusieurs cas de viols présumés à Okinawa ou ailleurs au Japon ont récemment braqué les projecteurs sur la présence de l’armée américaine, qui dispose de 40.000 soldats dans l’archipel. En octobre, quatre Marines ont été accusés d’un viol collectif présumé sur une Japonaise de 20 ans à Hiroshima (ouest). En février à Okinawa, un sergent des Marines a été arrêté pour le viol présumé d’une adolescente de 14 ans et un autre soldat a été placé en détention par l’armée pour le viol présumé d’une Philippine.

Dans tous ces cas, la justice japonaise s’est déchargée, laissant à l’armée méricaine le soin de mener les enquêtes. Les quatre Marines de Hiroshima vont passer en cour martiale au printemps, les sorts des deux autres accusés restant à définir. « La justice japonaise est très sexiste. Une femme doit prouver qu’elle a résisté de toutes ses forces pour que le viol soit caractérisé », dénonce Hisako Motoyama, du Centre de soutien aux femmes d’Asie et du Japon. Et rien n’est fait, dénonce-t-elle, pour préserver l’anonymat et la dignité de victimes souvent désignées à l’opprobe.

L’adolescente d’Okinawa s’est ainsi vu reprocher sa « mauvaise éducation » dans des articles de presse et a finalement retiré ses accusations contre le Marine. Au Japon, la justice ne peut intenter de procès sans plainte préalable. « Beaucoup de victimes sont mises sous pression par l’armée américaine et les autorités japonaises pour accepter de l’argent et abandonner les poursuites », fustige Mme Motoyama. Une attitude qui nourrit, chez les défenseuses des victimes, le sentiment que l’Etat japonais ne fait pas grand cas de ces viols et veut éviter des procès publics susceptibles d’alarmer l’opinion.

« L’alliance du Japon avec les Etats-Unis est la priorité du gouvernement, pas la sécurité des femmes autour des bases », affirme Mme Motoyama. Le problème se pose avec beaucoup d’acuité à Okinawa, une petite île des confins méridionaux du Japon où sont concentrés les trois quarts des bases américaines. Mieko Kamimoto, sénatrice et ministre des questions féminines dans le « shadow cabinet » du Parti démocrate du Japon (PDJ-opposition), juge nécessaire une réduction du nombre de soldats pour diminuer les risques. « Le gouvernement et le pays doivent sérieusement réfléchir au maintien de ces troupes », lance-t-elle, et dans l’immédiat « réexaminer l’accord sur le statut des soldats » américains au Japon, qui leur permet dans certains cas d’échapper aux poursuites.

Mme Kamimoto déplore en outre « le sentiment bien ancré au gouvernement et dans la population qu’il s’agit d’une affaire concernant Okinawa » et pas le reste du Japon. Au-delà de l’archipel, le problème touche d’autres pays asiatiques où sont installés des soldats américains, comme en Corée du Sud et aux Philippines. Selon Gwyn Kirk du réseau international des femmes contre le militarisme, regroupant militantes américaines et asiatiques, l’attitude de certains soldats procède « d’une vision raciste et sexiste des femmes asiatiques – vues comme exotiques et conciliantes sur le plan sexuel ».

Source : AFP

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